La Flor, partie 2 - Film (2019)
La Flor, partie 2 - Film (2019)

Film de Mariano Llinás Drame et musique 3 h 10 min 20 mars 2019

« La Flor » cambriole le cinéma en six épisodes.
Chaque épisode correspond à un genre cinématographique.
Le premier est une série B, comme les Américains avaient l’habitude d’en faire.
Le second est un mélodrame musical avec une pointe de mystère.
Le troisième est un film d’espionnage.
Le quatrième est une mise en abîme du cinéma.
Le cinquième revisite un vieux film français.
Le sixième parle de femmes captives au 19e siècle.
Mon tout forme « La Flor ».
Ces six épisodes, ces six genres ont un seul point commun : leurs quatre comédiennes.

D’un épisode à l’autre, « La Flor » change radicalement d’univers, et chaque actrice passe d’un monde à l’autre, d’une fiction à un autre, d’un emploi à un autre, comme dans un bal masqué.
Ce sont les actrices qui font avancer le récit, ce sont elles aussi qu’au fur et à mesure, le film révèle. Au bout de l’histoire, à la fin du film, toutes ces images finiront par dresser leurs quatre portraits.

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La Flor, partie 2 torrent


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Bande annonce:


Écrire ou ne pas écrire cette critique, cette question me taraude depuis le 26 avril et la fin du générique de cette deuxième partie. Balancer quelques mots dessus ? Frustrant et forcément réducteur face au monument. En parler à mi-parcours ? Tentant mais j'avais la certitude que le film, sorte d'animal en mouvement, ne prendrait réellement sens qu'au terme des 14 heures. Donc attendre d'avoir vu les quatre épisodes avant de continuer à vous en parler ? Risqué car je n'écris mes bafouilles qu'en improvisant, à l'instinct, je ne prends jamais de notes après un visionnage. Et là problème forcément : je vais oublier de vous dire plein de choses importantes, je vais probablement même me mélanger les pinceaux entre les épisodes, la longueur, la complexité du récit, et surtout l'essence même de l’œuvre, soit de faire perdre tout repère au spectateur, obligent le cerveau à trier, à oublier pour que la surchauffe ne se transforme pas en implosion.

Mais après tout n'est-ce pas faire honneur à cette "Flor" que de juste lui dire qu'on l'aime, de façon désordonnée mais sincère ?

Alors c'est parti. Après une série B horrifique et un mélo musical dans la première partie, Mariano Llinás s'attaque cette fois au film d'espionnage. Dès l'ouverture, sensation étrange dans la salle, ça parle dans la langue de Molière, et pourtant difficile de croire qu'il existe une VF pour un tel film, donc on ne va pas assassiner tout de suite le projectionniste. Ah ok, nos copines argentines sont devenues des espionnes formées en Belgique pour leur nouvelle mission, donc tout s'explique, et de toute façon on va parler toutes les langues dans cette deuxième partie, on va aller de pays en pays aussi, mais on ne saura jamais où se passe l'action principale. Et c'est là un point crucial. Car c'est ce qui définit "La Flor" et la façon dont son réalisateur envisage le cinéma.

Tiens et si on profitait de cet épisode 2 (on verra bien ce que je vous raconterai pour le 3 et le 4) pour parler cinéma justement ? Je vous avais plutôt raconté ma vie, ou plutôt mon expérience Flor, en sortant du premier volet, alors maintenant place au(x) film(s) un peu plus concrètement.

Donc comme je vous le disais plus haut, le lieu où se déroule le récit en live n'est pas déterminé, et ce n'est pas innocent car la perte de notion d'espace (et de temps) amène à nous libérer de toute attache et permet ainsi un lâcher-prise complet. Les flashbacks seront incessants mais jamais frimeurs, ils accentuent simplement la sensation de vertige et favorisent le voyage. Car oui cette fleur est avant toute chose un voyage, géographique et temporel certes, cérébral et sensoriel assurément, mais avant tout dans le cinéma et sa multitude de facettes : son histoire, ses genres, ses techniques, ses grands noms... On y reconnaîtra entre autres Raoul Ruiz, Luis Buñuel, Manoel de Oliveira, Sergio Leone, Jean Renoir et puis on peut le dire, cette bande de filles est tarantinesque en diable.

Et comment ne pas penser à Jean-Luc Godard et sa façon de théoriser le cinéma : chercher sans trouver forcément, mais expérimenter constamment, faire du montage un acteur, envisager qu'un film puisse être du son et de l'image, mais aussi de l'image sans du son et du son sans de l'image, faire du film dans du film, du film hors du film, bref se libérer de toute contrainte.

Et c'est exactement ce que fait Mariano Llinás, il passe de la bande-son tonitruante et entêtante au muet, de la couleur saturée au noir et blanc en passant par la pellicule griffée, de l'espionnage à la romance, de la SF au film en costumes, parfois au cours d'un même récit, tout est excuse à incartade, à dérapage. Il digresse et revient, comme je le fais là, ses espionnes nous font rire puis la minute d'après pleurer parce qu'elles tombent amoureuses d'un espion, et qu'il faut bien l'avouer, il est moins risqué pour cette race-là de tuer que d'aimer. Et pour vous raconter cela le chef d'orchestre vous dit « Entracte » au milieu de son film d'espionnage qui soudain ne semble plus l'intéresser, il ne va pas réellement le quitter, juste bifurquer pour nous raconter ses espionnes, et donc ses actrices. Il va leur dire qu'il les aime certes en Belgique, mais aussi plus tôt à Londres, en Allemagne, en Russie, en Amérique du Sud. Il les aimera en roman-photo bouleversant, en amazone, en chanteuse qui se changera l'épisode suivant en muette à gros calibre, il les fera vivre dans des tableaux, des livres, s'envoler juchées sur un balai car après tout elles sont aussi sorcières.

Mais notre Mariano semble avoir un autre ennemi que l'ennui : le temps. Il n'aura eu que 10 ans pour tourner son film, que 3h10 pour faire vivre ses espionnes, alors tant pis il n'y aura pas de fin, pas de résolution à l'énigme, il n'aura dressé que deux portraits de femme, tant pis pour les deux autres.

Il est comme ça Mariano, il est brutal, comme moi qui vais finir cette critique sans vous raconter les jeux de piste, le ludique, pourquoi ceux qui disent que les quatre parties peuvent se voir indépendamment ou de façon désordonnée sont de fieffés menteurs qui ne les ont certainement eux-même pas vues, pourquoi la femme n'est belle que dans l’œil de celui qui la regarde, pourquoi les chats doivent rester à distance respectable des momies, sans vous raconter comment une amante délaissée peut mettre en miettes la lâcheté masculine uniquement en enlevant ses lunettes de soleil, sans vous parler des gros plans et des flous, des cartons en mode film muet sous acide, de l'arborescence, d'un déjeuner sur l'herbe, de poupées russes, de la différence entre un cambriolage et un hommage, de Quentin Dupieux, du fluide d'un scorpion, d'un train, de Bertrand Mandico, de western, de prisonnières, d'actrices enceintes, d'araignées, d'arbres, de Casanova, de bananes, d'aérodrome, d'un baiser jamais donné, de bêtisier mélancolique, d'un sein dévoilé...

On se retrouvera (ou pas) pour une troisième critique bordélique, je vous parlerai (ou pas) de tout ça, je vous dirai (ou pas) que le coffret Blu-ray sortira le 10 juillet. Et surtout vous découvrirez (ou pas) si Mariano est réellement brutal ou si ceci n'était que calomnie...